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Madère

À la découverte du nord-est de Madère

Samedi 10 juin 2017
Madère, île portugaise volcanique de l'Atlantique, au large des côtes marocaines, voilà qui est prometteur pour ces deux semaines de vacances. Une destination idéale pour la randonnée, souvent ensoleillée et à quelques heures d'avion de la France. Mais pour cela, il faut au préalable se rendre de Nantes à Paris pour prendre l'avion. Avec les travaux, à la fois sur la ligne TGV et sur celle du RER, il m'aura fallu pas moins de cinq heures pour rejoindre l'aéroport d'Orly.
Nous décollons sous le soleil en tout début d'après-midi et le 737 de Transavia survole bientôt la Pointe Saint-Gildas, à quelques encablures de la maison, avant de mettre le cap au sud. Le survol de Porto éveille quelques souvenirs pas si lointains, puis c'est l'immensité de l'océan Atlantique et ses nuages. Après trois heures et vingt minutes de vol, nous arrivons en vue de Madère. L'île est cernée de nuages d'où émergent les plus hauts pics. L'atterrissage vaut le coup, l'avion virant sur son aile droite tout en descendant, autant dire que par le hublot je n'aperçois que les flots, avant de redresser pour se poser en douceur sur la piste se terminant sur des pilotis de béton.
Le temps de récupérer mon bagage de soute et je rejoins le taxi qui m'attend pour me conduire à l'hôtel Perola de Machico, une grosse batisse jaune sur les hauteurs de cette ville du nord-est de l'île.
Après m'être installé, je descends faire une balade en bord de mer. Sur une esplanade en bord de mer, des dizaines de personnes s'escriment sur des vélos d'appartement sous les notes très rythmées d'une musique techno. Je m'éloigne pour parcourir les quelques ruelles où certaines portes sont décorées de peintures plus ou moins figuratives, du street-art qui me ramène encore à mes souvenirs de Porto. Porte peinte dans les rues de Machico
Porte peinte dans les rues de Machico
Le dîner au restaurant de l'hôtel est l'occasion de rencontrer mes quatre autres compagnons de voyage, dont trois personnes du Québec à l'accent typique.
Dimanche 11 juin 2017
Au petit déjeuner, nous faisons la connaissance de Victor, notre guide pour ce séjour, puis nous montons dans un taxi qui nous mène au départ de notre randonnée du jour, la Ponta de São Lourenço. Cette presqu'île désertique, battue par des vents forts, s'étend à l'extrémité orientale de Madère. Elle doit son nom à la caravelle de l'explorateur Zarco qui découvrit l'île aux alentours de 1420.
Un sentier bien marqué permet de découvrir de jolis points de vue sur les falaises volcaniques plongeant dans l'océan. La roche y est majoritairement noire, rouge et jaune, veinée par endroits de basalte gris.
Les puissantes rafales de vent nous obligent parfois à tenir nos chapeaux sur nos têtes pour éviter d'avoir à galoper derrière eux. Côte nord de la Pointe São Lourenço
Côte nord de la Pointe São Lourenço
Pour se hisser jusqu'à Morro do Furado, le sommet marquant la pointe de la presqu'île, il faut emprunter un sentier un peu plus raide, une bonne occasion pour tester ses guiboles. Même si le ciel s'est chargé de quelques nuages, la vue sur les deux ilots, dont l'un est surmonté d'un phare, séparés de la pointe par quelques dizaines de mètres en vaut la peine. Plus loin encore, l'île de Porto Santo se devine vers le nord, à l'horizon, de même que les Ilhas Desertas, les îles désertes, au sud-est.
Après ce bon bol d'air, nous redescendons pour faire une pause à la Casa do Sardinha, seule habitation de la presqu'île (abritant un centre d'information sur l'environnement), seul endroit aussi où poussent quelques arbres. Le pique-nique avalé, nous repartons sur le sentier, profitant toujours de jolies vues sur Madère, cheminant dans cet environnement minéral où ne parviennent à subsister que des herbes jaunes fouettées par le vent. Nous empruntons un sentier à peine marqué courant à flanc sur la falaise où s'élève un petit calvaire à la croix blanche. De là, nous accédons à de magnifiques points de vues sur la côte septentrionale de la pointe. Et nous sommes ici seuls au monde ! La Pointe São Lourenço et Pedra Furada
La Pointe São Lourenço et Pedra Furada
Longeant une clôture sur quelques dizaines de mètres, nous parvenons à une route en cul-de-sac pas loin de Ponta do Rosto pour descendre ensuite au parking au-dessus de la plage de Prainha.
Le taxi vient nous récupérer quelques minutes plus tard pour nous conduire à Porto da Cruz où nous longeons à l'hôtel Costa Linda. Une fois installé, je pars me promener aux alentours avant de rentrer rédiger ces notes sur la terrasse de ma chambre avec vue sur l'océan.
Lundi 12 juin 2017
C'est un ciel bien chargé que je découvre en me levant. Les nuages gris et bas sont menaçants et n'augurent rien de bon côté météo.
Le taxi nous dépose à Maroços, sur les hauteurs de Machico où nous débutons notre randonnée du jour en suivant une levada, un canal d'irrigation typique de Madère, courant sur des kilomètres avec une déclivité relativement faible. Des dizaines de levadas ont été construites sur l'île dès le XVIème siècle pour acheminer l'eau du versant nord-ouest de l'île, plus arrosé, vers la partie sud-est plus sèche afin de favoriser l'agriculture. Les levadas forment un réseau de plus de deux mille kilomètres et la majorité est toujours en service. Marcher le long d'un de ces canaux d'irrigation ne présente aucune difficulté, c'est quasiment plat et le sentier est généralement assez large, bien que ceci soit moins vrai en pleine montagne. Arc-en-ciel sur Maroços
Arc-en-ciel sur Maroços
Cette randonnée permet d'apprécier la végétation luxuriante et les zones cultivées sur des terrasses. Un crachin très breton nous cueille assez souvent, offrant par moment des arcs-en-ciel, tandis que nous serpentons à flanc sur ces montagnes escarpées. Des agapanthes, des coquelicots, des géraniums et des hortensias apportent une jolie touche de couleur dans le vert qui nous entoure. Hortensia
Hortensia
Les cultures sont composées majoritairement de pommes de terre, de patates douces et de bananiers. Plus loin, ce sont les mimosas qui prennent la relève. Ils sont si nombreux qu'ils ont donné leur nom à la levada. D'une espèce aux fleurs jaune pâle, ils fleurissent jusqu'à quatre fois dans l'année.
À une bifurcation, nous laissons la levada pour grimper plein nord jusqu'à Boca do Risco, un col offrant une jolie vue sur l'océan qui s'écrase 350 mètres plus bas au pied des abruptes pentes volcaniques. Le spectacle doit être plus saisissant encore par beau temps car, aujourd'hui, nuages et mer se confondent à l'horizon dans un camaïeu de gris.
Un sentier court à flanc de paroi en direction de l'ouest, nous l'empruntons. Des joubarbes poussent sur la roche, verticalement, telles des soleils verts. Certaines sont fleuries, de jolies petites corolles jaunes au bout d'une tige issue du cœur de la plante. Joubarbe en fleur
Joubarbe en fleur
Parfois, dans les zones ombragées, ce sont des impatiens roses ou blanches qui tapissent le sol.
Après un pique-nique bien mérité dans une improbable cabane de jardin perdue au milieu de nulle part, nous poursuivons sur le sentier en balcon. Derrière nous, nous apercevons la pointe São Lourenço où nous étions hier. Plus loin, nous découvrons Porto da Cruz niché au pied du Penha de Aguia, le Rocher de l'Aigle, dont le sommet à 590 mètres d'altitude accroche les nuages.
Après Larano, une forte descente nous mène à notre hôtel quitté ce matin. Nous faisons un petit détour par la distillerie locale, Engenho do Norte, dont les effluves avaient titillé nos narines dès le bord de mer. Au milieu d'autres touristes, nous visitons l'atelier où la canne à sucre est broyée pour en extraire le jus qui donnera ensuite du rhum.
Mardi 13 juin 2017
Le ciel est plombé. Une importante masse de nuages gris semble stationner au-dessus de l'océan, à peine perturbée par le petit vent du nord-ouest.
Après une rude montée, le taxi nous dépose à Portela, à 620 mètres d'altitude, où nous débutons notre randonnée en suivant le sentier PR10 le long de la levada do Furado. À Madère, plusieurs itinéraires de randonnées sont nommés PR suivi d'un nombre. Un panneau avec une carte et toutes les informations utiles est positionné au début du sentier et un autre à son arrivée car, majoritairement, ces itinéraires ne forment pas des boucles. Des panneaux indicateurs sont généralement positionnés aux endroits où plusieurs sentiers PR se coupent.
Aujourd'hui, la lumière est terne, mais nous progressons régulièrement dans une brume enveloppant la forêt primaire se déclinant en diverses nuances de vert. Au milieu de la forêt coule la levada do Furado...
Au milieu de la forêt coule la levada do Furado...
Des fleurs ponctuent cette atmosphère envoûtante d'éclairs de couleurs vives : orchidées, agapanthes, digitales pourpres, immortelles, passiflore-banane... Passiflore-banane
Passiflore-banane
Le glouglou du canal d'irrigation nous accompagne à mesure que nous le remontons. Si le sentier est par endroits étroit, il est relativement facile à emprunter, quasiment à plat avec des gardes-fous aux endroits où le vide se fait sentir. Plusieurs tunnels creusés dans la roche jalonnent le parcours. La levada se faufile sous un petit tunnel
La levada se faufile sous un petit tunnel
Par moment, des petits éclairs virevoletants surgissent de la frondaison des arbres. Ce sont des pinsons, une espèce endémique de Madère. À l'arrivée des colons, l'île était inhabitée et il n'y avait quasiment pas d'animaux, à l'exception de quelques oiseaux venus depuis les côtes africaines, presque sept cents kilomètres plus à l'est. Seule la forêt primaire, la lauriselva, composée en majorité d'arbres de la famille des lauriers, occupait l'île. Pinson des arbres
Pinson des arbres
Nous pique-niquons au bord de l'eau avant de rejoindre Ribeiro Frio où nous nous apercevons que tombe un crachin. La dense canopée nous en avait protégés jusque là. Nous poussons jusqu'à Balcoes par le sentier PR11, un lieu connu pour son superbe belvédère sur les pics de Madère... en temps ordinaire. Là, tout est noyé dans une purée de pois. Tout juste aperçoit-on une vallée encaissée, peut-être trois cents mètres plus bas. Il fait frais, l'atmosphère est humide, pas très agréable, je dois le dire.
De retour à Ribeiro Frio, le taxi nous descend à São Roque de Faial où se trouve notre hôtel. Il est encore assez tôt, aussi partons nous nous promener sur les hauteurs du village, en direction de Lombo Grande, une nouvelle occasion de voir les jardins luxuriants et quelques jolies fleurs de passiflores-bananes.

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©2006-2017, Stéphane Bon