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Cordillère Huayhuash

De la laguna Mitucocha à la laguna Viconga

Lundi 13 juin 2016
Surprise ! Ce matin, à six heures, en ouvrant la porte de la tente, un épais brouillard recouvre le campement. Rien à voir avec le magnifique ciel étoilé et la voie lactée visibles cette nuit. Je regrette déjà d'avoir renoncé à sortir le trépied et l'appareil photo, découragé par le froid...
Nous partons à 07h40 dans une atmosphère vivifiante, euphémisme pour dire qu'en fait il fait froid. Cette fois, pas de variante, même s'il était possible d'en emprunter une. Carlos a jugé que la météo ne s'y prêtait pas et nous a rappelé la dure journée nous attendant demain.
Assez vite, nous émergeons du brouillard pour atteindre une large vallée. Les pics enneigés du Jirishanca et du Yerupajá pointent le bout de leur nez peu avant le passage du col Carhuac (4650 m). Bergeries et Siula Grande
Bergeries et Siula Grande
La descente, très douce, se fait aisément. Nous cheminons au milieu d'alpages où se dressent parfois de sommaires granges aux murs de pierres et toits de chaume. Par endroits, des vaches broutent l'herbe rase mais verte. Cela m'étonne toujours de voir du détail à ces hautes altitudes, tellement je suis habitué à ce que l'on trouve en France.
Nous arrivons à un magnifique belvédère surplombant la laguna Carhuacocha. Face à nous, au-dessus du lac, une formidable barrière montagneuse : le Siula Grande, où s'est jouée la terrible tragédie de Joe Simpson narrée dans le livre et le film La mort suspendue, le Yerupajá, le Yerupajá Chico et la double pointe du Jirishanca. Panorama sur le Siula Grande, le Yerupaja et le Yerupaja Chico
Panorama sur le Siula Grande, le Yerupaja et le Yerupaja Chico
Notre campement se situe un plus loin en aval, en surplomb de la laguna Carhuacocha. Le point de vue y est, une nouvelle fois, splendide. Nous y arrivons pour midi, au terme d'une journée courte mais au cours de laquelle nous en avons pris plein les yeux.
Après le repas, nous avons du temps libre et partons chacun de notre côté pour découvrir les alentours. Nathalie m'accompagne jusqu'au bord du lac, où nous apprécions un magnifique reflet des montagnes dans les eaux cristalline, puis me laisse poursuivre seul sur les hauteurs jusqu'à un sommet arrondi faisant face au camp. Je pensais y trouver un point de vue sur la vallée que nous allons explorer demain, mais une succession d'épaules rocheuses me bouche la vue. Le soir, après le repas pris sous la tente mess, je prends mon courage à deux mains. Chaudement vêtu, je sors de la tente avec mon trépied et mon appareil photo. Le ciel est constellé de milliers d'étoiles, je distingue la Voie Lactée et la Croix du Sud. Me plaçant de façon à avoir la vue sur les montagnes et la laguna Carhuacocha, je m'essaie à mes premières photos de nuit en pose longue, mettant en pratique les conseils dénichés sur Internet avant de partir. Nuit étoilée sur la laguna Carhuacocha
Nuit étoilée sur la laguna Carhuacocha
Il n'y a pas à dire, la photo de nuit est un art délicat, requérant de la pratique, mais ô combien gratifiant. De retour en France, il me faudra un peu de travail pour fusionner les deux meilleures photos, le première exposée une vingtaine de secondes pour le ciel, la seconde avec une ouverture plus petite et un temps de pose de presque quatre minutes, mais je serai relativement satisfait du résultat, surtout pour une première.
Mardi 14 juin 2016
- 5°C à l'extérieur, 1°C dans la tente : on peut dire que la nuit fut plutôt froide ! Mais à notre réveil nous bénéficions d'un magnifique spectacle avec le lever du soleil sur les montagnes sous un ciel sans nuages. Lever de soleil sur le Siula Grande et le Yerupaja
Lever de soleil sur le Siula Grande et le Yerupaja
Nous partons à 07h35 sous le soleil en longeant la rive droite de la laguna Carhuacocha. Quelques viscaches évoluent dans les amas rocheux nous séparant du lac et je ne peux m'empêcher de sourire en voyant ces adorables boules de poil sautiller d'une pierre à l'autre. Le sentier s'élève doucement, empruntant bientôt une vallée perpendiculaire, orientée au sud, qui se resserre peu à peu. Un premier petit lac, étroit, est contourné avant d'arriver à un second, plus grand, le Gangrajanca à 4245 mètres d'altitude. Nous laissons là nos sacs à dos sous la surveillance de Pablo, notre cuisinier, pour partir à l'ascension d'une moraine. La pente est raide mais courte. Arrivés sur la crête de la moraine, nous avons une vue plongeante sur la laguna Siula dans laquelle tombent les séracs des glaciers dégringolant du Siula Grande. Nous profitons des lieux, nous régalant des blocs de glace flottant dans les eaux laiteuses, mais il est bientôt temps de redescendre car la suite de la journée s'annonce difficile.
Ayant récupéré nos sacs à dos, nous entamons la première partie de l'ascension du col Siula. La montée, raide, se fait à flanc, au milieu de bouquets d'herbe vert-blond. C'est de là que s'offre à nos regards le troisième lac de la journée, la laguna Quesillococha (4332 m). D'une teinte tirant sur le vert laiteux, il se trouve au pied du glacier du Carnicero, montagne à la couleur de rouille. Les trois lagunas de la cordillère Huayhuash
Les trois lagunas de la cordillère Huayhuash
Un peu plus haut, un belvédère nous permet de bénéficier d'une jolie vue en enfilade sur les trois lacs et la vallée. L'ascension se poursuit, nous menant sur une vaste étendue plane, occasion rêvée pour reprendre des forces avant d'entamer la seconde partie du col par un sentier raide dans un éboulis de pierres blanches. Le souffle est court, nous progressons lentement sous le soleil, et il est midi lorsque nous atteignons le col à 4830 mètres d'altitude. Nous mangeons en contrebas, à l'abri du vent froid. De ce côté, le relief a changé, de larges vallées aux couleurs roses et vertes s'étalent devant nous et les sommets érodés de la cordillère Raura se laissent deviner au loin. Plus bas, un mouvement à plusieurs centaines de mètres de nous attire notre regard : il s'agit d'un troupeau de six ou sept vigognes, des animaux de la famille des lamas, plus fins, plus élégants, vivant exclusivement à l'état sauvage.
Nous continuons à descendre une vallée marécageuse avec, sur notre droite, les sommets et versants est de la pointe méridionale de la cordillère Huayhuash : Carnicero, Jurau et Trapecio. Il nous faut encore marcher dans les alpages de Huayhuash avant d'enfin atteindre notre campement (4350 m) à 15h.
Mercredi 15 juin 2016
La nuit fut au moins aussi fraîche que la précédente et c'est sous un ciel sans nuages que nous quittons le camp à 7h30. La montée vers le col Portachuelo de Huayhuash se fait tranquillement sur un sentier bien marqué où les quelques flaques d'eau sont gelées. Tout au long du chemin, nous avons une belle vue sur la massive dent du Trapecio. Trapecio
Trapecio
Peu avant d'atteindre le col (4780 m), la montée se fait un peu plus raide tandis qu'un vent froid se lève. Nos vestes coupe-vent nous permettent de conserver un peu de chaleur, avant de descendre le long d'une vallée où nous croisons un berger juché sur un petit cheval menant ses moutons vers des alpages en direction du col. La vaste laguna Viconga nous fait face. Nous la contournons jusqu'au barrage. Il s'agit en effet d'un lac artificiel, le seul du coin.
Après avoir montré patte blanche au contrôle, nous poursuivons notre descente avec les sommets acérés du Puscanturpa sur notre droite. L'arrivée au camp se fait peu avant midi, la journée de randonnée a été plutôt courte. Cela nous laisse du temps pour profiter des trois bassins d'eau chaude alimentés par une source naturelle jaillissant de la montagne à quelques dizaines de mètres de nos tentes. Je dois avouer que cela fait un bien fou... Surtout dans un tel cadre, perdu en pleine montagne !
En fin d'après-midi, nous regardons Carlos et les muletiers disputer un match de football sur un terrain improvisé, loin d'être plat, jonché par endroits de cailloux. Les voir cavaler ainsi derrière le ballon, à plus de 4000 m, me laisse songeur...

                   Diaporama de photos du Pérou
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©2006-2017, Stéphane Bon