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Trek dans l'Anti-Atlas

Objectif Tafraoute

Samedi 15 octobre 2022
Un peu plus de trois heures et demi après avoir décollé de Paris Orly, nous voici en terre marocaine, à Agadir. Nous avons décidé de ce trek presqu'à la dernière minute, cherchant une destination pas trop lointaine mais dépaysante.
Notre groupe de randonneurs est quasiment complet et nous retrouvons Roxanne, venue de Belgique, à l'hôtel Atlantic, à quelques centaines de mètres de la plage. Le ciel est couvert, il faut 30°C et notre petite balade en ville révèle une cité sans véritable charme, faute de bâtiment emblématiques.
Dimanche 16 octobre 2022
Le ciel aux teintes gris foncé laisse échapper quelques gouttes à notre départ de l'hôtel. Dès la sortie d'Agadir, notre véhicule file le long d'interminables lignes droites zébrant des cultures d'arganiers et des serres où poussent divers légumes.
Après Aït Mille, la route s'élève en lacets à l'assaut de grosses collines avant que le véhicule ne nous dépose au point de départ de notre trek.
Lacets bien serrés, sacs ajustés sur le dos, nous commençons à marcher. Une piste à peine marquée se faufile au milieu des arganiers et des figuiers de Barbarie ravagés par la maladie. Il fait chaud mais le temps est très changeant. Nous traversons quelques hameaux, tantôt sous de belles éclaircies, tantôt sous un ciel très menaçant. Vue sur la vallée d'Aït Moussa
Vue sur la vallée d'Aït Moussa
Une courte averse nous cueille avant que nous n'entamions une descente bien marquée dans la vallée d'Aït Moussa où se niche une oasis verdoyante. À peine le temps d'enfiler la cape de pluie qu'il nous faut la retirer. C'est au fond de la vallée que nous pique-niquons sous les arganiers omniprésents dans la région, dominés par de majestueux palmiers dattiers.
Des grondements d'orage se font entendre vers le sud, là où s'élèvent les montagnes. C'est le statu quo dans le ciel et, après la pause, nous parcourons la palmeraie, y dénichant une petite tortue le long d'un canal d'irrigation à sec, comme l'est l'oued voisin traversé peu de temps auparavant. De nombreuses parcelles sont abandonnées, la faute à la sécheresse qui sévit sur la région depuis quelques années.
Nous logeons chez l'habitant dans un village à proximité. Certaines personnes du groupe, dont Nathalie et moi, optent pour la tente, plantée dans le jardin tandis que les autres se répartissent dans les chambres de la vaste demeure. L'orage gronde toujours et laisse échapper quelques belles averses le temps que nous prenions le thé à la menthe.
Lundi 17 octobre 2022
Nous entamons notre journée de randonnée par la traversée de la palmeraie d'Aït Moussa. Cette partie de l'oasis, en amont du pont à proximité duquel nous avons passé la nuit, est bien plus verdoyante que celle traversée hier. Une végétation dense est omniprésente et des gens travaillent dans les parcelles. Vallée d'Aït Moussa
Vallée d'Aït Moussa
Après, le sentier s'élève graduellement. Les veines de tuf friable et les orgues basaltiques sur les parois qui nous font face rappellent le passé volcanique de cette partie de l'Anti-Atlas. Le beau temps est revenu, même si un voile atmosphérique estompe le relief dans les lointains.
Un ruisseau en fond de vallée présente des vasques naturelles cernées de végétation, l'occasion d'une pause rafraichissante avant d'entamer l'ascension du col de Timzguida sous un soleil de plomb. Là-haut, un grillage marque l'emplacement du cimetière à deux pas d'une vieille mosquée dépourvue de minaret.
Vallée en allant vers Targua N'Touchka
Vallée en allant vers Targua N'Touchka
Après le petit village, le sentier amorce la descente jusqu'à la vallée de N'Touchka où nous pique-niquons à l'ombre.
Nous poursuivons le long de gorges ombragées en ce milieu d'après-midi avant d'aboutir à Targua N'Touchka, un gros village où nous logeons dans une imposante bâtisse. Si la majorité des randonneurs opte pour la nuit dans une chambre, nous dressons la tente sur la terrasse.
Mardi 18 octobre 2022
Les nuages poussés par les rafales ayant soufflé sur les parois de la tente toute la nuit laissent rapidement place à un ciel dégagé. Nous entamons la randonnée du jour par une descente dans la palmeraie de Targua N'Touchka. Plusieurs parcelles sont laissées à l'abandon, inexploitées en dépit de la présence d'eau. Trop petites, elles ne sont plus suffisamment rentables.
Le sentier se faufile le long d'une petite gorge, s'élevant peu à peu. La roche est rouge, rose, rouille et parfois ocre. Gorges de Tagdichte
Gorges de Tagdichte
Un premier col est atteint et nous pique-niquons à la sortie d'un village. Plus loin, nous traçons à vue sur une sente à peine marquée. Des buissons épineux nous griffent les mollets tandis que nous nous élevons dans des gorges plus ou moins étroites. L'oued n'est qu'un amas de roches mais des arbres poussent de part et d'autre de son lit asséché.
Dans un village quasi-désert, Saïd nous accueille avec le thé à la menthe et du pain d'orge qu'il a fait lui-même pendant que nous nous ravitaillons en eau au puits. Encore un petit effort pour rejoindre la piste dont le tracé zèbre la montagne et nous atteignons le col de Tikki. Anzgarn
Anzgarn
De là, un layon conduit au village d'Anzgarn où nous logeons, une nouvelle fois dans une très grande maison aux multiples terrasses d'où la vue englobe toute la vallée.
Mercredi 19 octobre 2022
Dès le départ, c'est une impressionnante descente qui nous cueille, dessinée dans une faille de la paroi de roche rouge telle un formidable coup de sabre dans la montagne.
La lumière matinale met en valeur les couleurs des falaises et les différents villages nichés un peu partout en contrebas. Cette partie de l'Anti-Atlas est loin d'être un désert. Sur les crêtes et autres éminences rocheuses sont souvent juchées des bâtisses visibles de loin. Dans le creux du moindre oued se blottissent des oasis et des villages. Anzgarn
Anzgarn
Le sentier s'élève de nouveau, toujours dans ce décor de falaises rouges. Un village est atteint puis nous traversons la piste à plusieurs reprises pour gagner le col de Tizi N'Tlgout à environ 1500 mètres d'altitude. Nous enchaînons par une nouvelle descente vers un village en bordure de palmeraie où nous pique-niquons à l'ombre d'oliviers. Ce matin, tout au long de notre randonnée, nous avons vu une multitude de figuiers de Barbarie morts, desséchés, leurs fibres internes visibles. Ils sont victimes de la cochenille, un insecte ravageur qui, depuis quelques années, les décime tous.
La fin de la randonnée se fait en creux de vallée au milieu d'amandiers et de caroubiers. Autour de nous et comme cela est le cas depuis deux jours, les flancs des montagnes sont couverts d'anciens murets de pierre qui formaient des terrasses pour des cultures aujourd'hui abandonnées.
Nous logeons dans une maison à l'orée du village d'Aït Iftène, une nouvelle nuit à la belle étoile sur la terrasse face aux montagnes.
Jeudi 20 octobre 2022
La nuit fut morcelée, la faute aux violentes rafales de vent qui n'ont cessé de nous bousculer sur la terrasse. Heureusement pour nous, il soufflera de moins en moins fort au cours de cette journée.
Peu après notre départ, le sentier s'élève d'abord en parallèle de la route avant de s'engager dans une sorte de couloir rocheux. Si la pente est raide, elle permet de s'élever rapidement avant d'atteindre un semblant de replat couvert de chênes verts. Quelques centaines de mètres plus loin se dresse un col d'où part, sur la droite, un chemin à peine marqué permettant d'atteindre un sommet indiqué dans le programme du trek comme étant le djebel Lekst, point culminant de la région, mais qui est en réalité un autre sommet lui faisant face, d'après la carte. J'atteins le cairn sommital le premier, ce qui me permet d'apercevoir deux gazelles de Cuvier s'enfuir dans les rochers. Malgré la brume de chaleur qui nous accompagne depuis plusieurs jours, le panorama à 360° vaut vraiment le coup d'oeil. Tout autour de nous, des sommets et des crêtes dépourvues de végétation s'étendent à perte de vue. Le cairn sommital offre une vue sur le djebel Lekst
Le cairn sommital offre une vue sur le djebel Lekst
De retour au col, nous entamons une longue descente au milieu de parois de granit rouge formant par endroit des dentelles de roche.
Le pique-nique est vite avalé et il faut reprendre notre randonnée pour aboutir à Anirgui, un joli village désert. Seuls les chats semblent vivre ici.
Une belle route en lacets aux murs de soutènement en pierre sèche nous accompagne pendant plusieurs centaines de mètres. Je songe qu'il doit être agréable de monter ici à vélo, même si la pente est raide et la route en cul-de-sac. Nous la quittons pour emprunter un sentier tout juste marqué. Plus loin droit, dans la pente, deux gazelles de Cuvier s'enfuient à notre approche. Bientôt se dévoile en contrebas la vallée d'Ammelne. Les villages qui la parsèment semblent comme écrasés entre la montagne et la luxuriante palmeraie d'un vert profond. Vue panoramique sur la vallée d'Ammelne
Vue panoramique sur la vallée d'Ammelne
Encore quelques efforts et nous achevons notre descente dans cette vallée. Le véhicule transportant nos bagages vient nous chercher pour nous mener au camping Tête de Lion, à quelques kilomètres de là, à Ammelne.
Vendredi 21 octobre 2022
Nous quittons le camping à pied par le sentier traversant la palmeraie. En remontant vers un petit col, nous apercevons à plusieurs reprises des gazelles de Cuvier s'enfuyant avec grâce à notre approche. Au col, le paysage change, le granit est plus clair et la plaine de Tafraoute devant nous prend des airs de désert. La descente vers la petite cité se fait sous la chaleur. Nous laissons de côté des tentes berbères de bergers pour aboutir à une belle éminence rocheuse à proximité du cimetière de la ville. La pointe rocheuse à l'entrée de Tafraoute
La pointe rocheuse à l'entrée de Tafraoute
Le centre-ville de Tafraoute est assez animé, au contraire de la périphérie. Située au carrefour de deux grands axes routiers, Tafraoute est la plus grosse ville de la région et les touristes viennent également voir, à quelques kilomètres de là, un ensemble de rochers peints en bleu par Jean Vérame, un artiste belge.
Tandis que les autres membres du groupe font quelques emplettes, je pars me balader avec Jeff aux alentours et nous nous retrouvons au pied de l'éperon rocheux à l'entrée de la ville.
Après le repas pris au restaurant, il est temps de prendre la route. Agadir se trouve à trois heures de voiture. Le paysage, tout au long du trajet, est différent de celui qui nous accompagné pendant notre trek. Aride et sec, le granit rouge ayant laissé la place à de la roche jaune ocre.
Nous arrivons à Agadir en fin d'après-midi, tout juste le temps de s'installer puis d'aller dîner au restaurant et nous regagnons nos chambres : le réveil va être très matinal pour prendre aux aurores l'avion qui nous ramènera en France.

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