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Bolivie

Le sud Lipez

Mardi 12 juin 2007 - Les lagunas du sud Lipez
Peu après notre départ, nous dépassons les cyclistes autrichiens vus la veille et partis avant nous. La piste est tracée au milieu des touffes d'herbe jaunie et de petits monticules formés de coraux fossiles.
Alors que le volcan Ollagüe, formant la frontière avec le Chili, émerge peu à peu de l'horizon, nous devons traverser une ligne de chemin de fer. Sa présence est pour le moins surprenante, incongrue presque, en ce lieu, au milieu du désert. La piste reprend de l'autre côté et, à une bifurcation, nous laissons le volcan sur notre droite. Au loin, plusieurs nandous, ces sortes d'autruches sud-américaines, s'enfuit en courant dans un nuage de poussière.
Nous nous arrêtons au belvédère de l'Ollagüe. L'endroit est assez éloigné du volcan mais permet de profiter d'une belle vue. Nous voyons en particulier le petit panache de fumée s'élever de l'un des flancs. L'Ollagüe est l'un des rares volcans de la région à toujours avoir une activité. Le belvédère est un endroit étrange, au sol formé d'anciennes coulées de lave solidifiée aux formes tourmentées, creusées par l'érosion. Les photos que j'ai prises de ces lieux ne rendront pas vraiment l'atmosphère qui s'en dégage, ni le côté ludique qu'il y a à parcourir ces collines de lave.
La piste reprend et, lors du passage d'un col s'avère extrêmement difficile. Nous sommes secoués dans tous les sens, mais les vénérables Toyota Landcruiser finissent par passer sans encombres ni dégâts. Nous poursuivons sur un plateau volcanique, entrant dans le sud Lipez. Tout autour de nous, de nombreux cratères coniques s'élèvent. Le paysage est très minéral, un régal pour les yeux. Mais ce n'est rien comparé à la laguna Cañapa que nous atteignons bientôt. Laguna Cañapa
Laguna Cañapa
C'est notre première laguna, une sorte de vaste étang aux eaux peu profondes gorgées de sels minéraux, et c'est un véritable choc visuel. Les couleurs sont irréelles, presque féériques. Il y a bien sûr ce ciel d'un bleu si pur et si profond qu'il paraît noir par endroits. Il y a ces volcans autour de nous, aux flancs ocres, jaunes et bruns, avec quelques traînées blanchâtres. Il y a cette végétation de touffes d'herbes jaunies. Et il y a la laguna, ses eaux sombres, ses rives blanches de sels minéraux, la délicate dentelle de l'eau gelée sur les bords, le rose de nombreux flamants venus se nourrir ici. Car l'endroit est aussi un petit coin de paradis pour tout amateur d'ornithologie. Outre les flamants de James, roses avec les ailes aux bords noirs, de petits oiseaux peu farouches sautillent un peu partout, se laissant approcher à moins de deux mètres.
Après nous être promené dans le coin et avoir pris de nombreuses photos, nous pique-niquons dans ce petit paradis. Le vent, froid, est assez fort, mais l'endroit est tellement magique que nous n'y prêtons pas attention.
Reprenant la piste, nous nous arrêtons à la laguna Hedionda. Balayé par les vents, l'endroit est un peu moins joli que la précédente laguna, mais de nombreux flamants sont présents, notamment des jeunes à la livrée encore grise.
Peu après, nous faisons arrêter les véhicules pour admirer un renard andin. Tandis que nous dépassons d'autres lagunes, le paysage change subtilement. Il n'y a plus d'herbe, c'est maintenant un véritable désert de pierres rougeâtres évoquant les clichés pris sur Mars. Arbol de Piedra
Arbol de Piedra
Nous faisons une pause à l'Arbol de Piedra (Arbre de Pierre), un ensemble de roches sculptées par le vent dont la plus étonnante a la forme d'un pin parasol. Nous nous promenons quelques instants dans ces lieux, mais le vent, fort et glacial, a tôt fait de nous faire regagner les 4x4.
En fin d'après-midi, après avoir pénétré dans la Reserva Nacional de Fauna Andina Eduardo Avaroa, la piste aboutit à la laguna Colorada, à 4278 mètres d'altitude. En raison du plancton et des algues qui y poussent, ses eaux sont rouges et des amas de sels minéraux (borax, magnésium, gypse...) sur ses rives lui confèrent des teintes blanches. Malheureusement, la lumière n'est pas géniale pour les photos. Il est un peu tard et le ciel un peu couvert. Nous visitons le centre d'information où différents panneaux présentent les animaux vivants là, puis nous gagnons à pied le lodge sommaire où nous passerons la nuit au bord de la laguna Colorada.
Mercredi 13 juin 2007 - De Sol de Mañana à la laguna Verde
La nuit a été assez fraîche. Hier soir, avant de se coucher, le thermomètre annonçait 5°C dans le dortoir. Heureusement, mon sac de couchage est relativement chaud et j'ai plutôt bien dormi.
Après le petit-déjeuner, nous partons à pied le long de la laguna Colorada, le temps que les différentes affaires, de cuisine en particulier, soient chargées dans les 4x4. Le vent est toujours aussi fort et glacé, et je ne regrette pas avoir mis bonnet et gants.
Les véhicules nous ont rejoints et nous prenons la piste plein sud au milieu d'un univers désertique couvert de roches magmatiques et cernés par les cônes des volcans. Nous nous élevons peu à peu pour atteindre, à presque 5000 mètres d'altitude, une sorte de plateau d'où s'élèvent des nuages de vapeur jaune-ocre. Il s'agit des solfatares de Sol de Mañana. Nous nous y promenons en prêtant attention aux endroits où nous posons les pieds. L'endroit est comme une cocotte-minute géante. Des jets de vapeur jaillissent des entrailles de la terre dans un bruit assourdissant, tandis qu'à deux pas des flaques de boue bouillonnent. Par moment le vent change traîtreusement de direction, rabattant vers nous les nuages de vapeur à l'odeur fortement soufrée. Nous poursuivons notre route, descendant de quelques centaines de mètres en altitude, pour nous arrêter à la laguna Salada pour manger. Un petit bassin est aménagé au bord de la laguna, constamment alimenté par une source chaude souterraine. Quelques membres du groupe n'hésitent pas à se baigner.
La piste reprend au milieu de volcans aux couleurs surréalistes, laissant sur la gauche les "Pierres de Dali", un ensemble de roches érodées par le vent. Quelque temps plus tard, le Licancabur surgit à l'horizon, puis nous arrivons à la superbe laguna Verde, à 4400 mètres d'altitude. Ses eaux à l'étrange teinte bleu turquoise tirant sur le vert sont surplombées par le cône parfait du Licancabur. Un fort vent glacé souffle ici, formant à la surface des eaux une écume blanchâtre due aux sels minéraux.
Laguna Verde et Licancabur
Laguna Verde et Licancabur
Nous nous installons dans le seul lodge du coin, à quelques encâblures de la laguna. D'ici, le Licancabur est invisible. Nous cherchons bien à le voir au cours de notre petite balade d'une heure et demie dans les environs, mais sans succès.
Le soir, après le repas, Venceslas nous présente notre guide local qui nous mènera demain au sommet du Licancabur.
Jeudi 14 juin 2007 - Ascension du Licancabur
La nuit fut courte : lever à trois heures du matin, petit-déjeuner une demi-heure plus tard et départ en 4x4 à quatre heures. Après avoir suivi pendant une trentaine de minutes la piste courant le long de la rive sud de la laguna, les véhicules nous déposent au pied du Licancabur, vers 4600 mètres d'altitude.
Le début de la randonnée se fait à la frontale. Le chemin que nous suivons se faufile entre deux collines puis s'élève bientôt. Malgré une acclimatation certaine, le souffle est assez court. La température extérieure est froide, sûrement un peu en dessous de zéro degré, et je ne regrette pas d'avoir opté pour l'anorak.
Quelques cairns s'élèvent çà et là, ombres dans l'obscurité. Le choc de nos bâtons de marche sur les roches provoque de temps en temps des étincelles.
Il doit être presque sept heures du matin quand le soleil émerge de l'horizon. La laguna Verde émerge petit à petit de la nuit, en contrebas. Malgré notre rythme assez lent mais régulier, nous avons déjà bien monté.
Vers 5500 mètres d'altitude, je me sens moins bien. C'est une impression diffuse, comme si le rythme devenait graduellement un peu trop élevé pour moi. Pourtant notre guide n'a pas accéléré, son pas est resté le même. Je dois me forcer de plus en plus pour garder une distance constante avec la personne qui me précède. C'est lors de notre pause vers 5600 mètres que je comprends mon erreur. Nous nous arrêtons quelques instants pour boire et manger, attendre une ou deux personnes. Au moment de repartir, je m'aperçois que je n'ai plus de jus. Le coup de fatigue dans toute sa splendeur. Je me résigne à laisser partir les autres devant moi. Tous les trois cents mètres, je m'arrête pour reprendre mon souffle, affalé sur mes bâtons de marche que je chéris alors plus que tout. Pour corser le tout, les cent cinquante derniers mètres de dénivelé se font au milieu de blocs de roches, le sentier est plus raide, et parfois je dois m'aider de mes mains. Deux personnes m'ont rejoint, dont l'une souffre de vomissements consécutifs à l'altitude. La Laguna Verde vue depuis le Licancabur
La Laguna Verde vue depuis le Licancabur
Nous arrivons quasiment ensemble au sommet, à 5916 mètres. De là, la vue est extraordinaire sur la laguna Verde et les volcans s'étendant à perte de vue aux alentours. Lors de la montée, j'avais déjà remarqué le cratère parfait du Juriques (5704 m), le voisin du Licancabur : vu d'ici il est encore plus joli. Et que dire du cratère du Licancabur lui-même. Son centre est occupé par un lac totalement gelé. Aussi incroyable que cela puisse paraître, de la vie y a été trouvée. Dans un épisode d'Ushuaia, Nicolas Hulot avait d'ailleurs fait une plongée dans ce lac. Volcan Juriques
Volcan Juriques
Il fait froid, le vent souffle, et j'entame seul la descente par un autre flanc du volcan. Il n'y a aucun balisage, aucun cairn. Tout se fait plus ou moins au feeling dans une forte pente alternant éboulis, pierriers et une sorte de sable grossier dans lequel mes chaussures s'enfoncent avant de glisser.
Après quelques dizaines de minutes, je rejoins un semblant de sentier. Étrangement, c'est dans cette descente que je souffre le plus du mal des montagnes. Je me sens nauséeux, j'ai du mal à prendre mon souffle, et je m'arrête régulièrement pour me reposer. La descente est longue, très longue, mais offre toujours une inoubliable vue sur la laguna Verde. Vers 5000 mètres d'altitude, mon mal des montagnes disparaît soudainement et je retrouve un pas plus alerte. J'en profite pour manger. Quelques lacets plus bas, je rejoins le chemin que nous avions pris au petit matin. À l'abri du vent, le soleil se fait vraiment sentir et c'est en tee-shirt, après dix heures de marche, que je rallie nos 4x4 où m'attendent trois membres du groupe descendus avant moi.
Ils discutent avec nos chauffeurs et une suissesse venue là à vélo. Guide de haute-montagne, cela fait plusieurs semaines qu'elle se promène ainsi en Bolivie.
Le reste du groupe finit par arriver, et nous apprenons que l'un d'entre eux a fait une syncope à cinquante mètres du sommet nécessitant son placement dans le caisson hyperbare transporté par notre guide.
Nous passons à nouveau la nuit dans le lodge au bord de la laguna Verde où loge également la suissesse rencontrée plus tôt.
Vendredi 15 juin 2007 - Découverte des bofedales
La journée commence par une petite marche matinale le long de la laguna Verde. Comme la veille, le ciel est dégagé, le vent glacial. Sur les rives de la laguna, des amas blanchâtres de sels minéraux, borax et autres, forment des sortes d'icebergs.
Les véhicules nous rejoignent et nous remontons vers le nord. Aux thermes de Polques, entre salar de Chalviri et la laguna Salada, déjà visités mercredi dernier, nous nous arrêtons une demi-heure pour nous baigner. Se déshabiller en plein air avec une température inférieure à dix degrés n'est pas franchement agréable, mais dès que je me plonge dans les eaux chaudes je me sens bien. Cela délasse et, après plusieurs jours sans douche, est vraiment appréciable.
Nous reprenons la piste. Le paysage change peu à peu, se fait plus doux, plus vallonné, et finit par se muer en des gorges peu profondes. Les parois verticales font une quinzaine de mètres de haut et, nichée entre elles, serpente une rivière marécageuse. Il s'agit des bofedales.
Nous nous arrêtons là pour la pause de midi. Tandis que les cuisinières préparent un appétissant repas, j'explore les lieux. Les bords de la rivière sont encore scintillants de givre, par endroits carrément gelés. Je traverse le cours d'eau en sautant d'îlôt en îlôt pour rejoindre le pied de la falaise. Une faille permet de se hisser sur un rocher, quelques pas encore le long de la paroi et me voilà au sommet des gorges, sur un vaste plateau. Je fais quelques photos et redescend prudemment pique-niquer.
Nous partons le long des bofedales pour une balade d'une heure au fond du petit canyon. La pierre, volcanique, est ocre-rouge. Nous sommes seuls ici et en profitons pour observer des oies andines et un superbe échassier évoquant un héron qui se laisse approcher d'assez près. Je le prends en photo. À mon retour en France, il me faudra un certain temps pour trouver son nom sur Internet ; il s'agissait d'un bihoreau gris. Bihoreau gris
Bihoreau gris
En rejoignant la piste où nous attendent les 4x4, nous croisons un troupeau de lamas et d'alpagas. Comme toujours, ils portent à l'oreille ce pompon de laine identifiant leur propriétaire.
Notre lodge à Quetena Chico est assez sommaire, mais confortable. Avant le dîner, nous nous offrons l'ascension d'une petite colline dominant la ville. De là haut, nous avons une jolie vue sur les sommets, et notamment sur l'Uturuncu qui ne nous a pas quitté depuis les bofedales. Je suis toujours étonné de trouver des coraux fossilisés à cet endroit. Il y en a partout au sol, formant de véritable rochers friables.
Nous regagnons le lodge peu avant la tombée de la nuit pour faire quelques parties de whist en attendant le repas.
Samedi 16 juin 2007 - Ascension de l'Uturuncu
Comme pour l'ascension du Licancabur, la nuit fut courte et relativement fraîche. Nous nous levons vers 03h30 et prenons un rapide petit-déjeuner avant de gagner nos 4x4.
Dans la nuit, traversant à gué quelques rivières gelées, ceux-ci nous mènent en un peu plus d'une heure et demie à notre point de départ. Venceslas nous avait dit que nous nous arrêterions en véhicule plus ou moins haut en fonction de l'état de la piste. Il faut dire que celle-ci conduisait à une ancienne mine de soufre et n'est plus entretenue. Cette fois, nous avons de la chance, si l'on peut dire : nous sommes parvenus jusqu'au col entre les deux cratères de l'Uturuncu, tout au bout de la piste. Il est six heures et quart, il fait encore nuit, le vent est très froid et souffle en rafales, mais surtout nous sommes à un peu moins de 5900 mètres d'altitude.
Il est temps de commencer à monter à la lueur de nos frontales que nous éteignons assez rapidement. A l'est, le soleil se lève déjà.
Le sentier est bien marqué et assez facile, serpentant en larges zigzags que nous arpentons à la queue leu leu. Il fait vraiment très froid et le vent n'arrange rien. Mon visage me semble comme anesthésié et je ne sens presque plus le bout de mes pieds malgré mes deux paires de chaussettes. Heureusement, je porte un bonnet, de gros gants, un collant thermique par-dessous mon pantalon coupe-vent, et quelques couches bien chaudes sous ma veste en Gore-Tex, aussi n'ai-je pas froid au corps.
Peu avant 07h30, j'arrive au sommet. Mon premier 6000 ! 6008 mètres pour être précis. Plutôt facile car court et sans technicité, mais l'altitude coupe quand même énormément le souffle. Là-haut, le vent est encore plus violent. Je trouve refuge entre deux rochers, plus ou moins à l'abri et je mange une barre de céréales. Mais je n'ai pas le courage de sortir mon appareil-photo, il fait trop froid. Peu oseront le faire d'ailleurs, et parmi ceux-ci la majorité ne pourra pas prendre de cliché, les appareils refusant de s'allumer à cause de la température ! Volcan Uturuncu
Volcan Uturuncu
Nous nous empressons de redescendre, cela va nous réchauffer. En fait, ce n'est pas compliqué, c'est tout droit ! Une descente rapide sur un terrain sableux, cendreux, parsemé de cailloux plus ou moins gros, nous mène aux véhicules.
Nos 4x4 s'arrêtent à proximité d'une ancienne usine de traitement du soufre pour que nous mangions. J'en profite pour fureter aux alentours et ramasser quelques cristaux de soufre bien jaunes.
Nous passons au lodge de Quetena Chico pour prendre nos affaires et nous remettons en route vers treize heures. La piste se faufile dans un paysage changeant, plus vallonné, parsemé de quelques canyons, et finit par nous mener à Mallku, aussi nommé Villa Mar.
Après nous être installés dans notre lodge, nous partons à pied visiter une large coulée de lave érodée par l'eau et le vent. À un endroit, des peintures rupestres ornent une paroi, avant que nous ne montions sur la coulée. Au loin, on aperçoit encore le sommet de l'Uturuncu. Nous redescendons par une sorte de canyon asséché nécessitant de mettre les mains pour franchir certains passages.

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